L’étiquette du Commerce Equitable – Questions à Alter Eco

Gamme-2012.jpgAprès avoir visualisé le reportage d’Arte sur le  « Business du commerce équitable », je me suis permis d’envoyer un petit mail à  Alter Eco, une des marques équitables (non mentionnée dans ce reportage) dont je vous ai dejà parlé sur Vert-Citron avec un panier gourmand équitable pour les 1 an du blog. A cette époque, j’avais rencontré William membre d’Alter Eco, avec qui j’avais beaucoup échangé. Grâce à lui, j’ai aussi pu connaitre l’association de la Bagagerie des Halles que je vous avais relaté dans cet article: la bagagerie des halles et alter-eco, main dans la main.

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Pourquoi juste consommer quand on peut consommer juste ? C’est, en effet, la question, sous forme de slogan, que posent les acteurs du commerce de l’éthique. Du Mexique au Kenya en passant par la république Dominicaine, Donatien Lemaître a décortiqué toute la filière. Il montre que, rançon du succès, cette idée généreuse est de plus en plus récupérée par des as du marketing ou des multinationales en quête de virginité au détriment des petits producteurs … Loin de l’objectif de ses créateurs.

 

Je suppose que je ne suis pas la seule à avoir réagi à ce documentaire et je vous mets la réponse officielle d’Alter Eco ainsi que la réponse de Max Havelaar face aux critiques que le documentaire pose face au label. 

Vert.Citron: Bonsoir, j’apprécie beaucoup alter eco et le diffuse même autour de moi…et j’avais aussi pu faire un article et un petit concours sur mon blog, en 2011. Aujourd’hui, j’aimerais savoir ce que vous pensez de l’émission d’Arte sur « le business du commerce équitable ». J’aimerais savoir comment vous vous situez et quelles sont vos positions face aux révélations qui sont faites dans ce reportage? Merci de votre réponse. http://www.arte.tv/guide/fr/047127-000/le-business-du-commerce-equitable Cordialement

Alter Eco: Gamme-2012.jpgConcernant les points soulevés dans le documentaire : prix dans les grandes surfaces, transparence, cahier des charges (condition de travail), cas spécifique des plantations de banane… Nous vous invitons à voir la réponse spécifique de Max Havelaar à ce sujet sur le lien suivant : http://bit.ly/17bx4H5

Concernant Alter Eco et en tant qu’acteur spécifique du commerce équitable, nous avons notamment développé différents outils spécifiques et propres à Alter Eco qui nous permettent de suivre et comprendre les enjeux de nos coopératives partenaires sur un plan économique, social et environnemental : FTA 200, AEDI, FTVR.

La traduction auprès du consommateur se fait sur nos emballages via un Alterecomètre et toutes ces données sont disponibles dans l’Alterecomètre que vous pouvez trouver clairement sur nos emballages ou bien sur notre site Internet (exemple sur notre thé vert chaï du Sri Lanka : http://bit.ly/11Qg2iT).

Enfin et pour revenir sur le documentaire, les points soulevés concernent des cas spécifiques (cf. lettre de MH : http://bit.ly/17bx4H5 ) et nous regrettons notamment que le documentaire laisse un sentiment partial bien plus critique que positif notamment entre l’apport du commerce équitable versus le commerce conventionnel. Il y a également un décalage entre le documentaire et l’avis du réalisateur par écrit sur le site d’Arte : « Les consommateurs doivent-ils malgré tout continuer à soutenir Fairtrade ? (lire l’interview du réalisateur à la fin de cet article)

A ce titre et sur un sujet différent, les documentaires aujourd’hui pour avoir une chance d’être vu sont trop souvent en recherche de polémique et si cette dernière est bien nécessaire pour évoluer, on retrouve trop souvent des sujets traités rapidement de manière approximative (notamment certains points de ce documentaire qui nécessiterait un sujet à part entière pour se faire un avis objectif sur le sujet).

maison_altereco2012_small.jpgVert.Citron: Juste pour qu’on soit bien clairs: oui, dans tous les cas, je pense qu’il est toujours mieux de consommer équitable que conventionnel même si ce n’est pas parfait! (tout comme le bio… le local qui n’est pas bio…etc) Tout comme je suis d’accord que ce reportage ne montre pas assez les points positifs du commerce équitable VS le commerce conventionnel. Mais il est vrai que… sur une belle idée de départ (tout comme LA bio originelle), le marketing et le conventionnel s’en emparent et défigurent cette belle idée au profit d’autres intérêts. Je suis d’accord aussi pour dire que ce sujet est vaste et complexe et qu’il mériterait d’être approfondi sur de nombreux points avec, je suis sûre des échanges passionnants!!

On m’avait deja parlé de l’éthique et de la philosophie d’alter eco, et sur le fait que vous étiez au dessus du label max havelaar. Je sais aussi que Tristant Lecomte « soutient » et  est proche de Pierre Rabhi. Mais c’est vrai que ce reportage fait se poser quelques questions et je voulais donc avoir des réponses étayées de la part d’alter eco. Et je sais combien il peut etre difficile de dire quelque chose puis de le mettre concrètement en pratique.

Pour info, certaines problématiques de ce reportage sont aussi un peu mises en avant dans le livre « la bio, entre business et projet de société« .

Les choses qui m’ont le plus choquées dans ce reportage:
ces travailleurs haïtiens qui eux ne sont pas forcément bien payés et qui vivent dans des maisons de bric et de broc alors que les producteurs eux, sont un peu mieux payés. Et puis quand tu entends (je ne sais plus comment elle s’appelle) celle qui dit que c’est fini de travailler avec les petits producteurs, il faut le faire avec les gros… ca me hérisse le poil!

- cette réflexion m’amène forcément à la problématique des monocultures: équitables mais avec tous les problèmes sociaux et environnementaux  qu’engendrent les monocultures… (il me semble qu’alter eco travaille avec ses producteurs avec la polyculture, non? )

les chartes qui ne sont pas respectées… par manque d’audit et de rencontres avec les travailleurs sur place et sans doute aussi par désintérêt… Ensuite, il y’a la position de « s’allier » avec les supermarchés… qu’on retrouve dans ce reportage. Je dois vous avouer que sur ce point, je suis partagée:

– je comprends que la majorité des gens achète en supermarché et que c’est un moyen de les toucher

- mais je comprends aussi le point de vue d’ Artisans du Monde qui ne veut pas vendre en supermarchés puisque c’est  aussi ce système de structures, de la rentabilité et du toujours moins cher qui ruine les producteurs (meme si d’autres causes comme la bourse, le marché…etc sont aussi « meurtriers »)(et depuis que je ne ne mets plus un pied en supermarché, je n’ai plus droit à mes produits alter eco!! snif! enfin, il faut dire que dans mon supermarché de proximité, je ne sais pas si ca se vendait tres bien car au fur et à mesure du temps la diversité des produits alter eco a diminué: par exemple les produits nord/nord ne se faisaient plus… A quand la boutique Alter Eco?!! :)   )

Alter Eco: Pour répondre aux 3 points que tu évoques :
Alter_Eco_1.jpg- concernant les travailleurs haïtiens clandestins, cela soulève des questions qui n’ont pas de lien direct avec le système de garantie Max Havelaar. La République dominicaine est connu pour l’exportation de bananes et c’est tout le pays qui emploie des travailleurs clandestins haïtiens qui ont fui leur pays pour travailler pendant les périodes de récolte. Max Havelaar travaille sur la révision de son cahier des charges sur ce point clé qu’est la situation des travailleurs pendant la période de récolte. En ce qui concerne Alter Eco, nous ne travaillons pas avec une plantation de banane en République Dominicaine mais avec une coopérative de petits producteurs de bananes au Costa Rica qui se prénomme APPTA et dont voici la fiche coopérative : http://bit.ly/19gnPuV

Nous ne partageons pas le point de vue qu’il faut travailler uniquement avec les gros producteurs. Nous travaillons à 98% avec des coopératives. En toute transparence, il existe un cas particulier où nous avons été amené à devoir travailler avec une plantation… En effet, nous travaillons avec une coopérative de petits producteurs de thé en Inde dans le Darjeeling, seulement la coopérative ne produisait pas assez en termes de volume, elle a dû mutualiser sa production avec une plantation de thé bio qui suit les principes de la biodynamie. Cela a permis de déboucher des opportunités à l’étranger pour la coopérative qui continue ainsi à se développer et à apporter des bénéfices aux producteurs…

- Exactement, nous travaillons avec des coopératives qui pratiquent l’agriculture biologique familiale (moins de 5 ha) en polyculture en suivant les principes de l’agroécologie. Par exemple en Ethiopie, des arbres fruitiers sont plantés près des caféiers pour enrichir les sols et permettre ainsi de diversifier les revenus des producteurs. Au Pérou, les producteurs pratiquent l’agroforesterie, des arbres sont plantés pour apporter l’ombrage nécessaire à la bonne croissance des cacaoyers et préserver également la biodiversité.

- Les chartes qui ne sont pas respectées c’est comme tu le dis à cause du manque d’audits et d’auditeurs. cela est difficile de tout bien contrôler surtout lorsqu’il s’agit de grandes plantations. Cela est plus facile pour Alter Eco car nous avons fait le choix de travailler avec des coopératives de petits producteurs et que nous leur rendons régulièrement visite en plus de la relation que nous entretenons avec eux au quotidien. Des améliorations sont à mettre en place mais nous avons besoin de votre soutien pour avoir plus de moyens et pouvoir financer ces nombreux audits.

ALTER-ECO-Bio-Equitable.jpg- La question de s’il faut oui ou non travailler avec la Grande Distribution est un éternel débat qui revient assez souvent sur le devant de la scène. Ce n’est pas faute d’avoir essayé, à la base Alter Eco était une boutique associative, cela n’a pas fonctionné malgré nos deux tentatives (deux boutiques qui se sont suivies à deux endroits différents…). Nous avons fait le choix de proposer une gamme de produits équitables avec de bonnes garanties et de développer l’Alter Eco Mètre que nous posons sur nos emballages et/ou notre site Internet pour informer le conso de la découpe du prix (prix qui revient au pays d’origine, nombre de bénéficiaires, différence avec le marché conventionnel etc…). A notre avis, les deux approches sont vraiment complémentaires. L’idéal serait que les ventes de produits équitables augmentent et qu’on arrive à changer le système de l’intérieur pour qu’il finisse à ne plus commercialiser que des produits issus du commerce équitable ! Nous on y croit, il suffit que vous aussi vous y croyez !!!

- Ah Pierre Rabhi, on l’adore, on a la chance de l’interviewer dans le cadre de notre série d’interviews « Un Nouveau Monde en Marche » : http://www.youtube.com/playlist?list=PL8CF68C225EAEA108. Si tu es intéressée par l’agroécologie, tu devrais vraiment faire un tour dans la Drôme pour aller aux Amanins, un centre développé par Pierre Rabhi et qui partage des savoirs-faires sur l’agro écologie : http://www.lesamanins.com/spip.php?article47

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Interview par Barbara Bouillon – 31.7.2013
A retrouver en intégralité ici: future.arte.tv/fr/sujet/letiquette-du-commerce-equitable

« Montrer les réussites et les problèmes » Interview de Donatien Lemaître, réalisateur du film

Commençons par les aspects positifs. Quels sont les acquis du commerce équitable ?
Le mouvement du commerce équitable a permis d’initier d’importants processus. Soutenir les petits producteurs, c’était là une idée résolument nouvelle. Et comme on le voit avec l’exemple du Mexique, les petits producteurs qui travaillent pour des coopératives pratiquant le commerce équitable peuvent améliorer leurs conditions de vie de manière significative. […]

Quel est votre plus grand reproche ?
business-du-commerce-equitable-3.jpgJe trouve que la communication autour du commerce équitable est trop simpliste. Avec le label Fairtrade, on achète des conditions de travail équitables, mais on ne sait pas qu’elles s’appliquent parfois seulement aux petits producteurs. En République dominicaine, les petits producteurs de bananes qui bénéficient de prix garantis et de primes emploient des saisonniers haïtiens pour la coupe, et ceux-ci ne profitent nullement des critères du commerce équitable. […]

On passe également sous silence que de plus en plus de grands producteurs de bananes, qui peuvent employer des centaines d’employés, arrivent à obtenir le label Fairtrade car la production de bananes issues du commerce équitable n’est pas suffisante pour couvrir les besoins du marché, notamment anglais. Or, le but du commerce équitable est de soutenir ceux qui en ont besoin, et non pas d’enrichir ceux qui vivent dans l’aisance.

A cela s’ajoute le fait que Fairtrade International, dont le siège est situé à Bonn,  scelle de plus en plus de partenariats avec des multinationales. C’est pour le moins paradoxal : quand les fondateurs (le prêtre Frans Van der Hoff et l’économiste Nico Roozen) ont créé ce label, il s’agissait justement de dénoncer les pratiques des multinationales. […]

Globalement, comment percevez-vous la coopération entre Fairtrade et les supermarchés ?
Ce qui est problématique, c’est que les géants de la grande distribution parviennent à dégager d’importantes marges bénéficiaires avec les produits issus du commerce équitable. […]

Les consommateurs doivent-ils malgré tout continuer à soutenir Fairtrade ?
Absolument ! Mon film montre que le commerce équitable a pu réaliser de grandes choses. A commencer par la transparence dans la traçabilité qui permet de remonter du produit au producteur : c’est là un des grands acquis de Fairtrade. Même s’il reste beaucoup à faire pour rendre la chaîne équitable du début jusqu’à la fin, on a grâce à ce label un début d’information sur la manière dont sont produits notre thé, nos bananes, notre café à l’autre bout du monde. Avec les produits sans label, on ne sait absolument rien des conditions de production. Aussi, d’après moi, il faut dans tous les cas préférer le commerce équitable. Avec mon film, je souhaite informer et sensibiliser les consommateurs, dans l’espoir que sous la pression de l’opinion publique, Fairtrade continue d’évoluer et s’améliore.

En savoir plus:
Questions clés – Alter Eco
L’étiquette du commerce équitable – Arte

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A propos de l'auteur

Je m’appelle Mélanie, green-girl et passionnée, je suis paysagiste-herbaliste et formatrice-coach en cosmétiques faits-maison. J'essaie de faire de l'écologie un art de vivre au quotidien, pour tous, selon une philosophie et une éthique en lesquelles je crois. Depuis 2010, à travers ce blog Vert-Citron et différents livres/magazines, je vous délivre des conseils et des astuces écolo-nomiques. J'anime des balades botaniques et des ateliers/formations sur les plantes : des cosmétiques faits-maison à l'entretien de la maison, de la saponification au maintien de la santé, du compostage à l'art d'aménager son jardin. Au plaisir d'échanger avec vous!


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3 Réponses pour “L’étiquette du Commerce Equitable – Questions à Alter Eco”
  1. Samia dit :

    Bonsoir,

    J’ai également regardé le reportage d’Arte mardi soir. Je suis d’accord avec toi sur plusieurs points.

    Je voulais dire aussi que pour ma part, ce qui m’a le plus choquée, ce sont les conditions de travail dans les cultures de thé Lipton au Kenya. Ces terres sont exploitées depuis la colonisation
    du pays par les Anglais dans le dernier quart du XIXe siècle. Ayant étudié le système agraire au Kenya du temps de la colonisation, les conditions actuelles m’ont rappelé les conditions de vie
    des esclaves. 

    Aussi, le partenarait avec Rainforest Alliance fait avant tout figure d’argument commercial, et n’est pas une garantie de « fair trade », plutôt de développement durable ce qui plus est met
    forcément du temps à se mettre en place.

    Voilà, je voulais juste émettre mon avis. 

    Bonne soirée. 

     

  2. Ninoou dit :

    Je viens de jeter un coup d’oreil à ton article (rapide tu t’en doutes vu la situation) je voulais juste te témoigner mon admiration pour ce que tu fais, de propager de belles idées comme ça sur
    ton blog et de rendre la bonne parole accessible tout ça! et bravo aussi pour ton projet d’école, j’espère qu’on aura l’occasion d’en parler un de ces 4 autour d’une tisane!

    bises!

  3. vert.citron dit :

    Ton commentaire me touche beaucoup mylene! merci à toi! et surtout courage pour ta these!!!

    pas de souci pour se voir prochainement autour d’une infusion! ;) bizzz

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